conscience 2

du 30/03/1993 au 22/05/1993

30/03/93 : 12h00
On attend l’embarquement.
Dans le hall, aux grandes baies vitrées,
les gens sont peu loquaces,
et n’ont l’air ni excités ni tendus.

Assis dans l’avion en attendant le décollage,
le point de non-retour est bientôt atteint.
Le ciel vaporeux et la crasse des hublots transmettent
une image et une lumière empreinte de myopie.
Si on y ajoute la mienne…
Non ! Il fait clair tout de même.

Beaucoup de russes retournent à Moscou.

Dar es Salaam commence à se faire attendre.

Voilà ! On vole depuis à peu près 30 minutes.
Même les plus fiers ne peuvent regarder le soleil en face.

On est haut…
Tout ce, et ceux, que je connais sont derrière moi, en bas.
Je ne suis plus rien de tout ce que j’ai été.
Il n’y a plus de En Fleur à Ta Porte.
Plus de blanc, français, Maurepasien.
Fini le citoyen majeur civil et pseudo-responsable.
Loin d’ici l’Employé Libre Service d’Auchan Plaisir.

Mais c’est le plaisir en champs.
Et ça commence avec les 1er et 2nd plaisirs
par ordre d’importance : je respire et je mange.
Je me nourris à plus de 700 km/h et à une hauteur de 11 150 mètres !
Cela n’arrive pas souvent.
Ca devrait…Ca doit !

Quel délire ! Quel pieds ! Quel rêve !
Tout est nouveau, inconnu, jamais rencontré.
Je renais ! Ou plutôt suis en train de m’accoucher.
Je renaîtrai en sortant de l’aéroport de Dar es Salaam.
A 23 ans il renaît et entre vraiment dans la Vie.
Dans le Royaume de Dieu. Amen.

Il est 15h51 nous entamons l’atterrissage.
Nous pénétrons la ouate, au-dessus de laquelle nous glissions.
Maintenant tout est opaque dehors.
On ne distingue pas plus loin que le bout de l’aile,
qui disparaît par intermittence.
L’ambiance, au gré de la lumière, s’assombrit.
Ca y est : sol en vue.
Il y a de la neige, mais vu d’ici on dirait davantage du givre.

Très joli atterrissage, dont la moite sensation endocrine est incommunicable.
Tout le monde est soulagé. Quelqu’un applaudit.
Sains et saufs !
Bonjour Russie, au revoir France.
J’arrive Tanzanie.

20h38 heure de Moscou.
Plein sud ! La boussole est formelle.
L’avion a eu besoin de peu de piste pour décoller.

Aaah ! Anonyme, étranger, seul, libre.
Voilà la vie comme je l’envisage.

Nous laissons derrière nous un Moscou humide et frileux.
Dieu nous mène au soleil.

De rêve en hallucination,
l’osmose cosmique se révèle.
Le changement radical s’opère.
Entouré de martiens au dialecte hermétique,
bien qu ’animé de chantantes sonorités,
je m’obstine sur ce parcours initiatik.
“ Un homme parlant plusieurs langues vaut plusieurs hommes ”.
Si Charles-Quint est né pour dire cela, il n’a pas vécu en vain.

Si j’avais su j’aurais invité des copines,
car on doit être au maximum une trentaine dans l’appareil.
40 avec l’équipage, les ailes et les roues.

Je vais peut-être pouvoir dormir,
ayant l’option gratuite de toute une banquette de 3,
pour mon seul véhicule organique…
Les moteurs poussent leurs vocalises.
Ils semblent en bonne voix…
Je crois que je me sentirais moins bête
si l’hôtesse ne faisait pas l’effort de parler anglais;
car là encore, je reste obtus.

Il faut préciser que nous sommes en escale (“ transit-transit ”)
à Chypre, île de soleil, pour le moment drapée de nuit.
Mais il ne fait pas froid.
Voilà un bon signe.

Bon ! C’est pas que j’attends le départ,
mais…“ quand est-ce qu’on arrive ? ”.

Je sais pas où on est là, mais ça craint.
Ca craint carrément.
Les femmes ressemblent à des sacs,
si tu vois ce que j’entends…
Les hommes ont besoin de poils sur le visage
et d’un petit chapeau,
pour se sentir virils.
Les regards sont engageants
comme des fraises de dentiste.
Ainsi nous sommes au Yémen…

Quelle humiliation pour ces êtres humains.
S’ils en ont honte,
s’ils pensent que la femme est mauvaise
ou salope, ou uniquement chair,
comment peuvent-ils admettre de naître d’elle ?
“ On veut les préserver ! ”
mais de quoi, sinon de vous-mêmes ?
de vos regards lubriques par en-dessous,
de vos souffles fétides de frustrations inhibées.

Il n’y a pas d’avenir pour la femme
(au moins musulmane)
sinon dans la disparition de l’homme.
Je n’oublierai pas ces négatifs d’êtres humains,
dont on a masqué la beauté,
au risque d’en faire de simples tas de tissus;
et qui pourtant irradient la puissance
généreusement fertile du principe réactionnaire
– disons plus simplement : de la simplicité.

Elles passaient en ombres honteuses,
engourdies dans la sanction des âges….
Ah ! que reste-t-il à dire pour éviter la révolte, la violence ?
Le silence…

Bon ! Cette fois : prochain arrêt : Dar es Salam.
Il fait vraiment chaud ici.

Je commence à intégrer mon élément.
Pourtant, il fait encore nuit.
Rectification : le soleil se lève.

Nous sommes le 31/03/93, il est 5h30.
Nous longeons un petit bras de mer, ou un lac de retenue.
Voilà : à vitesse constante (lente) l’avion se met sur la piste;
un virage, on ralentit, les moteurs donnent de la voix…
Ca y est CA POUSSE ON PART …
Et hop, déjà à 50 mètres du sol !

Cette fois ça y est !
J’y suis !

Pour fêter çà et bien marquer mon entrée sur le territoire,
je m’offre un bel étron dans les toilettes de ma chambre
à l’Hôtel Continental.
La dernière fois que j’ai chié,
c’était à partir des arcades d’un des ponts de Paris.
Mémorable souvenir.
Avec Arnaud, lundi soir, avant de partir.

Eviter les “ city bus ” et les “ taxis city ”.
Employer les taxis de l’aéroport.
ET ARRETER DE SE RONGER LES ONGLES !

Kariako market Corporation.
Shirika la masoko Soko kula.

Marché 30 kilomètres dans la journée.
(compté grâce au podomètre que j’ai emmené avec moi, attaché à ma taille).

Bon…
Soyons honnêtes, cette première journée c’est pas le pieds.
D’abord, la plage en plein centre ville, on a pas le droit d’y aller,
sous peine de police, ou d’extorsion de fonds.
Pour plus de facilité, on devinera quelle fut ma conduite…
Déjà…Une claque !
Mais on veut pas se l’admettre et on retourne à l’hôtel.
Oui, mais là, je me perds,
je galère toute l’après-midi,
pour finalement être raccompagné par 3 jeunes garçons gentils
(mais obligés d’être intéressés…)
Ensuite, le soir, le garçon se fait prier pour rendre la monnaie,
et finalement, après une pseudo-embrouille verbale….repart avec.

Ajoutons à cela que les gens me regardent comme un noir à l’Elysée,
que les hôteliers sont peu avenants, sinon aimables;
et qu’il est TRES DUR de se repérer dans cette ville,
et on comprendra mon empressement à me coucher.
Surtout après la nuit agitée.
Néanmoins, j’ai assisté, dans l’avion, à un lever de soleil merveilleux,
qui requerrait beaucoup de temps à bien décrire.
Détail pittoresque enfin :
les Tanzaniens roulent et conduisent à gauche.

Enfin, les femmes sont belles,
et on ignore ce qu’est le froid.
Bonne nuit.

01/04/93 :
Kisutu stand usafiri wa kwenda moshi =
je cherche le stand de bus pour aller à Moshi.

eau = madji / food = chakula / the end = mwishu / ciel = anga / plui = mvua /
soleil = djua
BAGAMOYO est une petite ville à quelques kilomètres de Dar es Salam. En fait, le point d’où partaient les esclaves arrachées à cette terre.

5 km parcourus à pieds.

02/04/93 :
Well, les choses ont changées.
Très vite !
Dès le réveil je suis allé vers les bus repérés la veille,
et là, 2 des 3 gars d’hier (dont Emanuel) m’ont retrouvé.
Ils m’ont conduit dans la ville.
Pris le bon bus pour MOSHI.
Bon délire.
Rencontré Geoffrey my friend, dans le bus.
Il est maintenant mon guide.
We speak english.

Moshi et sa région sont merveilleux.
Moins étouffant et chaud que Dar es Salam.
Cette nuit j’ai fait un rêve que je ne risque pas d’oublier.
Une femme, cheveux rouge-rose-orange.
Et sexe bleu.
Super bleu.
We made love.
After, je le dis à son mari.
Compliqué, embrouille.
Mais…qu’elle était belle ! Quelle émotion.
Nous sommes aux pieds du Kilimandjaro.

Abarri or djambo = salut /goodbye = kua herri
j’ai faim = ni nandjaa / as-tu faim = hun nan djaa / j’ai soif = kunina madji
il fait beau = ali ya hewa ni mzouri
quel est ton nom = djina ala kwo nani
fous-moi la paix = niaché mouénié wé
j’aime la Tanzanie = na penda Tanzania
je veux aller = na taka kwenda koutembea
je veux monter sur le Kilimandjaro = na taka koupanda mlima (montagne) Kilimandjaro.
je suis un ami = rafiki ako / friend = rafiki
meilleure voie = maran gutu

Y-a-t-il un endroit sur terre où l’étranger puisse se sentir chez lui ?
Où l’étranger ne soit plus un étranger.

Rien se passe ici; tout est en suspens.
A l’image du soleil, tout irradie.
On ne connaît pas la paix,
car on ne connaît pas la guerre.
Je supporte de moins en moins d’être ressenti comme SEPARE de “ l’autre ”.

Ce sont les sens qui nous distinguent.
La chair
qui fait que nous sommes 2 au lieu d’un.
Et les sens sont charnels.

L’Afrique est un enfant éternel
animé d’une jeunesse millénaire.
L’Afrik n’a jamais vieilli depuis sa naissance,
car les stigmates de l’âge sont cendres
et poussières de ténèbres,
or l’Afrik est lumière.
Les ténèbres ne peuvent rien contre la lumière.

Un oeuf-continent que couve jalousement l’oiseau-soleil.
Ici on n’attend pas,
on est.

( L’homme doit-il retourner à l’animalité pour être lui-même ?
Qu’est-ce qui fait la valeur de l’humain ? )

La terre ici a la couleur de la peau;
ou l’inverse.
L’herbe est comme les cheveux :
très dense et courte.
Osmose véritable entre homme et nature.

L’Afrik ne veut pas, ne sait pas, ne doit pas grandir.
Que les blancs retournent chez eux.
Le loup ne peut embrasser l’agneau sans le tuer.

Izraili = the angel of death, also Israfil.
Ita = appeler
isha = finir, terminer
Isa (Jésus) / Inkishafi = Apocalypse
kumba = clear out, nettoyer.
kushoto = gauche
tao = something curved, an arc
Tanga = a sail = un voyage; ou comme verbe = go to, and from; dériver.
hedhi = règles
hatari = danger
haya = come on !
adhama = greatness, grandeur, glory/ achilia = pardon, forgive
adua = sacrifice pour les esprits(bons)
kulula = beat, vaincre, surpasser
Adamu = Adam / mwanadamu = être humain
ahi = frère
oui = ndio

Le doute est un puits sans fond.
Une fosse insondable
qui engloutit toutes les aspirations de l’homme.
Celui qui y puise
n’en ressortira jamais l’eau vive;
à toujours assoiffé,
il errera dans la vie.
Celui qui voudra combler ce trou
y perdra tout ce qu’il est.
Il tentera de le remplir
de ses questions,
qui y plongeront
sans bruit et sans retour.
Il emploiera son esprit,
son travail, ses fruits,
jusqu’à son amour;
mais tout cela en vain,
car on ne saurait construire sur le néant,
et l’on ne peut posséder ce qui n’est pas.

En gouffre éternel et insondable,
le doute environne l’homme incrédule.
Et c’est par sa fierté, par son orgueil,
qu’à chaque instant,
l’homme agrandit le gouffre du doute;
la fosse de sa mort.

Paix et puissance
pour ceux qui sont dans la main de Dieu.
Amour de la lumière,
haine des ténèbres.

Le refus est Rien de rien.
La conscience est TOUT.

Marché 23 km dans la journée.

03/04/93 : marché 8 km dans la journée.
Depuis 2 jours nous (Geoffrey et moi) sommes à Moshi.
Hier, il m’a montré son village,
dans un coin très “ sensible ”, mignon,
sauvagement vivant,
mais sans agression aucune
(MACHAMA, le nom du village)
aux pieds du Kilimandjaro.
Aujourd’hui, son frère Jomo nous a conduit à la maison de sa mère, dont il surveille les travaux.
Belle maison. Maison blanche.

Je croyais avoir une infection dans la bouche,
mais ce n’était rien.
Mais comme j’ai abusé sur le désinfectant,
une réaction allergique s’est déclenchée,
et j’ai la bouche et la langue en feu.
C’était dur, mais ça s’arrange.
LENTEMENT hélas.
Pardon Seigneur d’avoir douté.

J’ai téléphoné à Papa Maman,
laquelle fut mon unique interlocutrice.

Cette terre est belle
car elle n’est pas prise
dans le carcan du profit-rendement
(pas encore…).
Pas de pression ici.
Il est vrai que je suis un touriste.

Diminuer le poids de mon sac.
Ne garder que :
1 tente/1 sac couchage/ 1 treillis/1 chemise noire/1 pantalon/1 gourde/1 casserole/2 briquets/1 pharmacie/ 1 couvert/
2 bougies/monnaie et papiers.

Les 2 ferments de la haine sont :
la peur et la jalousie.
La haine n’est rien par elle-même.
Lâcheté et honte,
voici tes attributs SATAN.
Tu n’es rien.
Une immonde moisissure
poussant à l’ombre de la mort; ta rage.

04/04/93 : 21 km marchés dans la journée.
Je me suis baladé le long du Kilimandjaro,
pris quelques photos.
Suis monté jusqu’à une église.
C’est vraiment un coin
d’une beauté pure et innocente.
Vierge d’argent, de ses méfaits.
Le soir, j’ai parlé avec Jomo
et ai fait une virée en ville avec lui.

Plus je vis ici,
plus je m’imprègne
de l’émotion de cette terre.
Sa vibration paisible.
Pas même l’idée de force.
Laissons faire les choses.
De toutes manières, agir autrement revient à se construire autant d’obstacles.
Let it groove !

The story of 4 people.
This is a story of 4 people
namely Everybody, Somebody, Anybody, Nobody.
There was an important job to be done
and Everybody was asked to do it.
Everybody was sure that Somebody would do it.
Anybody could have done it but Nobody did it.
Somebody got angry about that
because it was Everybody’s job.
Everybody thought Somebody could do it.
It ended that Everybody blamed Somebody
when Nobody did what Anybody could have done.
(Trouvé sur une porte de W.C dans la communauté.)

excuse : samahani/salut : kuahery/rafikiangu : you are my friend.

Barabara ya Kanisa : hyper cool [probablement le nom de la communauté]

05/04/93 :
13 km marchés dans la journée.

Très agréable voyage en bus de Moshi à Arusha.
Après petite tribulation,
nous trouvons l’auberge chrétienne
qui est merveilleuse de douceur,
calme, sérénité.
Le repas du soir
y est identiquement délicieux;
préparé avec AMOUR.

Arusha est une ville merveilleuse,
n’offrant aucune vision agressive,
tant des personnes que des objets.
J’y ai vu un arbre qui m’a stupéfait.
ENORME,
splendide, magistral.

Maintenant, nous partageons la chambre à 3,
avec Geoffrey et un Suédois.
Bonne nuit !

06/04/93 : 11 km parcourus à pieds.
femme (mariée) = kiwangu/herbe = keti/give = naomba/marcher = natimbea/
ciel = mawingu/oiseau = n’dege/soleil = miali/feu = moto/lune = m’bala, ou muezi : le mois/étoile = niota/monde = dounia/montagne = m’lima/serpent = nioka/
caméléon = kiniounga/rat = pania.

C’est déjà hier mais enfin. [Car tout ce qui est daté du 06 a été écrit le 07]
Ainsi, nous partîmes (ahahah) d’Arusha vers 12h00.
Nous étions 5 touristes (M’Zungu) :
Billy (anglais) Amen (allemand) Matthew (anglais) Margareth (Ireland) et lui [moi].
Plus Ali, conducteur, et Abdu, cooker, plus une femme Sunsha, gentille et jolie.

Après 1h00 de route
en pays Masaï, on arrive au campement.
De là, je vais dans le village,
et je rencontre Thomas,
qui me fait goûter la canne à sucre, citron et autres fruits.
Plus un alcool local très fort, comme du rhum.
Un après-midi de bonheur, en toute simplicité.
La joie de vivre paisiblement.

Thomas m’apprend qu’il y a plus de 200 ethnies différentes en Tanzanie,
et l’une d’entre elles est venue d’Irak,
il y a très longtemps,
et vit maintenant dans les montagnes notamment.
[je crois me souvenir qu’il m’avait dit qu’ils sont venus, il y a à peu près 5 000 ans,].

Du coup,
pendant que je découvrais la vie des “ vrais ” Tanzaniens,
mes comparses visitaient le lac Manyara.
Mais bon…voir demain (aujourd’hui).

Après un bon repas
et une agréable petite ballade sous la lune,
nous buvons une bière dans un bar,
où nous discutons de choses intéressantes,
puis à mon tour,
je sers de repas aux moustik durant la nuit.
Bonne journée.

La honte
c’est laisser toutes les mauvaises intentions
et vibrations du monde
vous pénétrer et vous étouffer,
ou même prendre votre place.
Pour installer le malaise
à la place de votre identité.
Ou plaquer ce sentiment de gêne
sur votre conscience.

Osons être,
sans être pour autant au dépend des autres.
Chacun sa place.

la chouette = bundi/kwanini = pourquoi/wipi = how/nionieshi = montre-moi.

De l’air, du soleil, de la terre
et juste ce qu’il faut d’eau
(pas plus !…)
voilà l’Afrik.
Il n’y a pas d’excès en Afrik,
voilà ce qui de prime abord
marque la distinction avec l’occident.
Le futile n’a pas sa place dans la vérité;
la vanité flétrit la beauté.

07/04/93 : 4 km marchés.

09/04/93 :
Dans le cratère du N’Gorongoro !

10/04/93 :
peacefull = amany/figuier = m’kuin/guépard = douma/léopard = tchouille/
hyène = fissi/comment-va ? = abari ?/ça va bien = m’zuri

L’Afrik est splendide,
merveilleuse,
et ses enfants sont les fruits divins
issus de la rencontre
entre l’Amour et la Passion.

La Nature est terriblement simple.
La vie se nourrit d’elle-même;
en cycle autonome,
théoriquement éternel.
Il n’y a pas de violence dans la nature,
juste des forces interactives
tendant à l’obtention d’un équilibre prospectif,
actif, omniscient et omnipotent.

Manger et être mangé,
voilà UNE loi.
Car, si l’on ne fait que manger,
arrive un moment où l’on est obligé de rompre l’équilibre,
de détruire l’harmonie universelle,
en sortant du cycle manifestatoire.

Quel orgueil que celui de l’homme,
qui ne veut pas être mangé.
Pour cela,
il a tué le loup, l’ours.
Regardez tous ces êtres,
misérables pantins de leur propre orgueil.
Ridicules poupées,
fardées d’attitudes artificielles
pour masquer la honte ;
de ne pas avoir voulu être un être vivant.

De par l’intelligence,
se croyant un dieu,
l’homme a honte de la vie
et de ses nécessiteuses manifestations.
D’où sa honte
en premier lieu pour ce qui lui permet de transmettre cette vie :
son sexe.
Le sexe qu’il a suivi et qu’il suit.
Le sexe, auquel il est, malgré lui,
soumis.

L’archétype du mauvais humain est l’homme blanc.
Prétentieux, buté, honteux, méchant,
jaloux, lâche, faible, cupide, égoïste.
Heureusement l’Amour est;
la haine pas.

Humains :
Amour sur vous.
Amour en vous,
Amour pour Vous.
UN.

Je suis un con !
Je ne comprends pas
comment ça marche.
Le sens…
je m’y perds.

Pas de trace, menace. Restons de glace.

Quel sens ?
D’où, qui va où ?

Ce qui me gêne,
c’est de dire que la chair est faible,
alors qu’elle est capable de commander
à l’ensemble organico-spatial.

Retrouver la première langue,
originale.

Je suis comme mon père,
je le porte en moi,
lui se perpétue en moi.

Nous sommes comme les dents dans la bouche.
Et si l’une souffre,
toutes ont mal.

Je dois les aimer sans les craindre.
Ne pas être hypocrite par honte de moi-même;
par peur de m’affirmer.

C’est la lumière qui est “ stable ”, pas la matière.
La matière est un film en perpétuel déroulement;
une bande mémorielle jaillissant
par une des multiples portes de la lumière.
Cette porte relie la mort, les ténèbres, la matière,
à la lumière divine.

C’est la folie ici.
Il n’y a rien qui choque ici.
Tout est uni,
unique aussi,
mais infiniment.
La lumière anime toute matière,
l’amenant à s’accoucher elle-même,
au cours d’une gestation perpétuelle,
dont la transe fébrile fait exsuder l’humeur des sens.

7h22 à l’ombre du Kilimandjaro.
Le rituel commence.
Depuis des millénaires, 2 mains,
précises, sereines,
séparent les graines du corps de la plante.
Patiemment,
l’homme émiette les feuilles,
pour le sacrifice.

Le dernier jour est arrivé.
Aujourd’hui, l’homme va vaincre son nom;
il va se vaincre lui-même,
afin de se libérer cosmiquement.
Sachant que le nom est une ancre stellaire,
fixant l’âme à un endroit précis,
par le souffle.

Le cri primal
que nous poussons
est empli du sens
de ce nom que la nature grave en nous
à l’instant de l’Incarnation.

Dans son fin fourreau de papier,
Canna l’herbe sacrée
attend.

L’homme s ’appelle En Fleur.
Son nom signifie :
“ Rend la graine ”.

Il porte la cigarette
à ses lèvres,
l’allume,
Kiliman’ est couvert.
Nous sommes à Moshi,
et ce mot signifie “ fumée ”.

Pas d’inconscient, juste de l’endormi.
De l’Eveillé Bouddha,
au “ Veillez ” de Jésus,
il faut être éveillé.
Etre conscient
de notre rapport au monde.

11/04/93 : 5 km parcourus à pieds.
Je vais très bien;
sauf AUCUN problème.

Impression d’Afrik
Impulsion de fric
Ta tocante est toc
T’as qu’à t’échapper.

Au pieds de Kilimandjaro.
Moshi la fumée
mon alliée des débuts m’appelle.
2 index 2 pouces,
va et vient interactif,
le rituel pesamment s’accomplit,
empli de sûreté.
La meilleure herbe du monde pousse à Moshi-la fumée.

Il y a fort longtemps,
sous ma forme d’ancêtre,
j’avais contracté un marché entre Banghi-Kana et moi En Fleur-Eli.
Mon nom signifie Rend la graine pour être père.

Ce contrat stipulait que le jour où j’arrêterai de fumer,
je rendrai la graine de Vie que Kana m’aurait confié
en échange de mon souffle.

Je deviens ainsi maître de moi-même.
A part Dieu, personne d’autre ne me guide.

N’aie pas peur; n’aie pas honte; n’aie pas de doute.
AIME !

WALI NA NYAMA (riz et viande) : bon.
karanga : cacahuète

Gloire à toi Eternel Dieu !
Sanctifié et béni est ton nom.
Louanges pour ton Amour,
ta Puissance et ta Sagesse.
Maître de mon souffle
et guide de mes pas,
merci pour tout ce que tu m’offres.
Mon âme s’émeut
de l’attention que tu lui portes.
Merci de veiller
sur mes voies Seigneur.
Gloire à toi
dans tous les cieux, pour toujours.
AMEN.

Donne-moi = naomba/ koula = manger/ attends = nisoubiri/ drink = kounio/
regarde = angalyia/ léo = today/ assez = inatoucha/ inshi = terre/ ici = apa/
pagna = rat/ rire = coucheka/ tafadali = please/ en jo = come in/ niko = je suis/
m’chicha = épinards/ samahani = excuse/ riz = m’chele ou wali/ samaki = poisson/
iaï = oeuf/ on bouge (allons-y) = twende/tchaï ya maziwa = thé + lait/
schiling n’gapi : combien (de shillings) ?
donne-moi de l’eau à boire = naomba madji ya kounio/ haricots = malague/
patates = viaz oulayia/ maybe = labda/ kutembeyia = marcher/ kama = si

J’ai fumé
parce que fumer ça tue.
Qui aime la vie
aime (se) suicider.
Comme j’ai pu vouloir te tuer,
ô fidèle destrier.
Que d’insultes, de flétrissures, de coups,
mon orgueil et ma honte qui en découle, t’ont infligé.
Lentement, doucement, aisément, facilement,
tout événement a son terme.

Courir au vent c’est pleurer dans la mer.

La couronne du Kilimandjaro apparaît de temps en temps.
Il y a fort longtemps, d’énormes tribus peuplaient cette montagne.
Farouches et nobles étaient ces hommes, dont la terre était la couleur.
L’écho de leur puissance vocale résonne encore,
couvrant le tonnerre de Golgotha-Kilimandjaro.

Il fut un temps
où mon souffle se sentait dénudé.
Il prit pour parure Canna-Banghi
l’acide fumée.
Après des années de complices trajectoires,
le souffle se sentit pris au piège.
Il décida de quitter Canna-Banghi.

Tous deux s’aimaient.
Passionnément;
au-delà des mots, puisqu’au delà du souffle,
et de la fumée.
Mais il fallait un choix,
et le souffle se sépara.

Qu’est-ce qu’il y a ?
T’es pressé ?
Tu vas où ?
Alors…calme.
Ecoute, ou regarde.
Touche, peut-être, mais pas de cris,
s’il te plait, pas de peur.
Sèche ta sueur froide
à la chaleur de tes tripes, s’il le faut,
mais tant que OUI tu es,
libre tu es.
Si tu veux plus,
apprends à ne pas avoir à répondre.
-A qui le tribut, à qui la tribu-

Le ciel de Tanzanie
se répand sur sa propre terre :
vu l’ardeur, il semble vouloir la rincer.

Le souffle avait pour ombre et empreinte : l’eau.
L’eau :
issue des émotions brutes
du premier âge de l’univers.
La peur, la douleur, le chagrin.
Peur et douleur sont très proches
l’une de l’autre.
Ce sont les éléments femelles
du principe aqueux ou molécule H2O
Le chagrin est l’élément mâle.

Il est temps d’en finir !
J’allume…
et j’éteins – la lumière.
Je suis. Gloire à Dieu.

15/04/93 :
[Suit, en italique, une lettre à une copine, Nathalie C, jamais postée]
Bien, en fait le mieux serait de pouvoir en parler avec les mots d’ici;
en swaïhili.
C’est un pays calme, serein, confiant, apaisé.
Les gens sont vraiment gentils.

Ce qui rend déjà toutes les choses plus agréables,
ou au moins accessibles,
c’est qu’il fait toujours bon.
PAS UN SEUL FRISSON depuis mon arrivée ici.
On ne connaît pas le froid ici.
Ca fait donc un gros souci en moins ! Vraiment.
La différence est sensible, c’est le cas de le dire.

Là, je mange. Le nom du plat : wali na nyama.
C’est du riz, du boeuf cuit, et des légumes (tomates, choux) crus.
Le riz d’ici est le meilleur que j’aie mangé.
Là, je suis en haut d’un hôtel
qui donne à gauche sur le soleil couchant
(il est bientôt 18h00, donc 16h00 à Maurepas)
et à droite sur le Kilimandjaro et son voile de nuages.

C’est très bizarre :
le Kilimandjaro a une base très étendue,
ses pentes sont très douces;
c’est pourquoi, vu d’ici, ça ne semble pas être une grande montagne.
Pourtant, elle mesure plus de 5 000 mètres !
Plus haut que le mont Blanc où s’est réfugié le coq frileux.

Hier il y avait un orage,
et de ma fenêtre je voyais les éclairs
qui illuminaient le Kilimandjaro.
C’était….GRAND.
Surtout que je fumais de la beu (BANGHI) pure.
C’était au-delà des mots.

Quelques précisions importantes.
D’abord pour apprécier Banghi, il faut fumer comme les gens d’ici.
Donc dans du papier style papier chiotte ou papier journal,
et fumer pur.
Pour rouler c’est vraiment “ à la nature ”,
car pas de collant évidemment.
Les “ O.C.B ” sont loin.
Alors,
une fois que t’as réussi à trouver du papier,
il faut réussir à rouler;
et alors…
tu as mérité de fumer.
Et crois-moi :
d’être complètement déjanté.

Mais alors attention,
ça vient style 5 ou 10 minutes après l’allumage,
mais alors attention (2 fois…) TURBO !
Déjà t’a les oreilles multipliées
par 2 ou 3 ou 5.
J’entends : l’ouïe.
Et beaucoup d’autres choses
dont il serait ennuyeux de parler ici.

Autre précision intéressante :
je suis à MOSHI.
Et Moshi signifie “  FUMEE ”…
Amusant, non ?
C’est pourquoi je ne me suis pas privé;
mais maintenant c’est bon !
Un temps pour chaque chose.

Comme j’ai quelques amis ici,
j’ai pu découvrir le pays
comme un de ses habitants,
et c’est vraiment cool.
Par exemple, une des rivières qui descend du Kili s’appelle la rivière “ cacahuète ”
(Karanga River) et hier, avec quelques potes, on fumait le cône en la regardant s’écouler…
Bien sûr, on pourrait parler des cicuits touristiques,
que j’ai également suivis (le cratère du N’gorongoro, le parc du Serengetti, le lac Manyara, etc….c’est évidement merveilleux)
mais je préfère vous parler de petites anecdotes ponctuelles,
qui me sont arrivées, et qui vous feront ressentir davantage la beauté de ce pays
et de ce continent, dont il est un des joyaux les plus précieux
(aux dires même des Africains).

J’espère ne pas trop être incompréhensible,
car je ne me relis pas.

Un autre exemple typique de nos différentes cultures,
ou modes de vie.
Ici on ne jette pas !
Rien.
On répare, recycle, réutilise, transforme,
mais on CONSERVE.
Ce n’est pas la “ société de consommation ”,
qui se nourrit de ses propres erreurs…

De même, tu peux acheter TOUTES les choses à l’unité.
Une clope, par exemple.
Comme en Espagne.
Pas obligé d’acheter le paquet.

Je suis content de vous écrire.
Vous savez, je vous aime beaucoup tous les 4.
Vous êtes comme une famille, c’est cool.
Vous ETES une famille d’ailleurs.
Mais bon, vous m’êtes chers.
Nathalie, que j’ai connue au lycée, mais aussi Pascal, ou Laurence ou la fée.
Je tenais à vous le dire et je profite de la distance
– le meilleur des remparts pour la pudeur –
pour le faire.

Il est maintenant plus de 18h00 et la ville se vide.
Les gens prennent le bus
pour retourner dans les différents petits villages de la campagne alentour.
Chaque jour ils viennent le matin à partir de 7h00
et repartent vers 18h00.

C’est la saison des pluies depuis début mars.
Au Kilimandjaro il commence à pleuvoir le 9.
C’est réglé comme une horloge.
Il pleut environ 2 heures par jour, en moyenne.
Mais plutôt 1 jour sur 2,
et la nuit plus souvent, donc aucun problème.

Les nuages sont très bas ici.
Ca surprend au début;
d’autant que l’air reste très clair
et que le soleil passe et chauffe.

Bon, reprenons la discussion.
Précision : on est deux jours plus tard que “ ci-dessus ”.
Donc le 17. A peu près 9h00.
Je suis dans le bus qui va de Moshi à Mwanza
après une halte à Arusha.

Mwanza est la 2ème ville de Tanzanie,
après Dar es Salam (“ Port ou havre de paix ”)
pour sa superficie et sa population.
Bon, ça bouge trop. A plus tard.

Voilà. 2 heures plus tard. Mwanza II le Retour.
Là, on est à Arusha
(ville connue, car possédant 1 grand centre international de conférences).
On attend le bus pour Mwanza.
Déjà, à Moshi on devait partir à 7h30, on est parti à 9h00.
Ce pays est merveilleux,
mais pour ceux qui dégustent la vie;
qui prennent le temps d’en jouir…
et de la faire jouir.

En fait, pour se faire une idée du “ mouvement ”,
de l’agitation vitale d’ici,
imaginez-vous au Moyen-Age
(comme on le voit à la télé)
avec des bus, camions, voitures à la place des calèches et diligences.
Avec beaucoup de couleurs en plus, et vous aurez une approche de la Tanzanie.

Il n’y a pas d’obstacle, véritable, infranchissable;
tout au plus des détours.

Mwanza est située sur le lac Victoria.
Et plus précisément, je vais aller sur une île DANS le lac Victoria.
Le pieds.
Son nom : Ukerewe Island,
dont le seul village s’appelle Nansio.
C’est visible sur une carte.

Pour rallier Mwanza,
il faut traverser une région superbe,
attachante au point qu’on s’arrêterait, pour ne plus repartir,
tous les 10 mètres.
Une région de culture, plantations,
comprise entre Moshi et le parc du Serengetti;
longeant la région du cratère du N’Gorongoro.
J’ai déjà visité cette région,
lors d’un safari (“ animalier ”)
je vous assure que c’est canon.
Trop pour être décrit rapidement avec des mots.
Disons que la terre est presque rouge, couleur café.
Et que chaque élément formant le décor est parfaitement intégré au reste.
Tout est harmonieux,
sans heurts sensible.

Tout est naturel ici.
Même les camions donnent l’impression d’avoir poussé dans la terre.

Ma parole, les femmes ici ont la GRACE.

Il y a des bus comme le Concorde; avec l’avant plié.

Ca fait maintenant peut-être 2 heures qu’on attend ce sale bus pour Mwanza.
Mais c’est cool !
Ca permet de regarder les gens, les choses.
Ah ! je crois que voilà “ l’attendu ”.

Bon, c’était bien lui.
Nouvel indice : il est 3h30 du matin.
J’écris à la lueur lointaine d’un lampadaire.

Là, c’est le délire.
On s’est arrêté dans un petit village (Kishanga, pour les intimes)
parce qu’en Tanzanie on ne roule pas entre 22h00 et 5h00 du matin.

Je vous préviens, je ne vois pas ce que j’écris, alors bon courage.

J’ai goûté au KAT ici, dans le village.
C’est cool, ça fait speeder.
Ce sont de grandes tiges, dont on bouffe l’écorce, ou des feuilles.
Bon, à plus tard, je vais essayer de smoke un p’tit peu Banghi…

Bon ! Reprenons, héhéhé…
Au fait, il est 8h00. Le bus fait une nouvelle halte.
La région est du style : “ le monde comme vous le rêvez ”
Vers 6h00 le soleil s’est levé avec une majesté…universelle.
Imagine que le ciel soit un immense écran
bleu, rose, rouge et différents jaunes,
et derrière l’écran LA lumière.
Pas une lumière; LA lumière.

Là, il y a des mecs en train de remplir le réservoir; t’y crois pas…
Un bidon en plastik, un tuyau, et vas-y :
la même chose que quand nous on siphonne,
mais dans l’autre sens.
Mortel ! Obligés d’être à 4 pour agir
2 qui tiennent le bidon en hauteur au-dessus des têtes
imagine la galère : en plein soleil, car à 8h00 c’est déjà le bon soleil
1 qui aspire dans le tuyau pour faire venir (…)
et…1 qui regarde.

Encore plus de 300 km avant Mwanza.
Beauté en perspective.

J’espère que tu te portes TRES bien Nathalie
(et ta famille aussi naturellement)
mais je le souhaite tellement fort, qu’il ne peut en être autrement.

Y’a du rouge, y’a du rose, y’a du jaune, du vert, toutes les couleurs;
t’as qu’à choisir.
Je te promet la Tanzanie c’est plus fort que la dope.
Quand t’y a goûté une fois, tu peux plus t ’en passer.
Accro direct. Tanzaniomane !

Sans délirer, c’est trop, comme pays.
Franchement c’est pas facile d’en parler.

Le bus est de nouveau arrêté;
on se fait doubler par une dizaine de vaches.

Y’a plein de vélos ici. Plein !
Même au fin fond d’un bled paumé, tu croises un mec à vélo.
A noter que pour l’instant, je n’ai vu que des mecs à vélo.

Y’a les femmes qui portent leurs paquets sur la tête.
Bien sûr : typique. Mais en fait, quand t’y penses, c’est carrément pas con.
Et même, plus pratique : t’as les mains vides.

Bon, vous l’aurez compris le bus repart.
Déjà que c’est pas évident d’écrire (ha ! une petite halte) sur ses genoux,
sur un petit cahier, mais alors, quand ça bouge…

Ah ! le soleil maintenant nous la joue :
“ vous vous aimez : saisis ou à point ? Brûlé, peut-être ? ”.

Ah ah je rigole, mais c’est pas forcément drôle :
je vais peut-être arrêter de manger de la viande.
Ca fait au moins 2 ans que j’y pense ( !…)
mais là, je viens de voir une vache courir,
avec un mec, non : deux mecs au cul,
et je sais pas…
elle m’a fait pitié…
Après tout, on lui prend son lait,
on lui fait tirer des socs,
et pour la récompenser :
on la bouffe !
Enfin bon, on verra ce que l’estomac en dira,
car plus que le cerveau même,
c’est lui qui dirige.

Nouvelle halte. Grand village cette fois.
Ah ! Ici le Blanc c’est : M’ZUNGU (M’ZOUNGOU)
Ca cartonne comme nom, niveau sonore.
A la façon dont ils le prononcent, on peut savoir le degré d’affection qu’ils ont pour nous.
Parfois c’est l’étonnement.
J’ai traversé des villages où on ne doit pas voir de M’zungu souvent.

J’ai plein de choses à vous dire,
mais comme je ne peux le faire que pendant les haltes,
je les oublie pratiquement toutes.

Bon, en fait, là je viens de relire un passage au hasard : CA PREND LA TETE !!!
J’espère sincèrement que ça vous sera pas trop chiant.
Mais je me dis : autant leur faire une longue lettre,
parce que c’est cool de lire les nouvelles de quelqu’un pendant un petit moment. J’aime pas trop les pseudo-lettres de 3 lignes.
En fait, l’idée c’est de vous écrire jusqu’à mon arrivée sur l’île sise (cool non ?) dans le lac Victoria.
Une espèce de carnet de route, ou au moins d’étape.
Donc, là on est à N’Zega.
Et on repart.

Le nombre de personnes allongées, assises ou debout (qu’importe) en train de profiter de la vie, “ prendre du bon temps ” doit être au moins égal à tous les Français qui s’octroient 1 mois de vacances chaque année au mois d’août.
Sauf qu’ici c’est tous les jours; sans contraintes.

Bon ! beaucoup de choses ont changé.
Là, je suis à Mwanza depuis hier 21h00.
J’ai dormi chez un mec : trop cool !
Se doucher dans un seau d’eau, dormir dans une piaule qui ferait peur à décrire,
et bon ! c’est le pied.

Je rencontre la vraie Tanzanie,
loin de tout touriste.
Je vis dans le quartier pauvre;
seul blanc à des centaines de mètres à la ronde.
Et là je suis dans un endroit GEANT.
Une petite montagne, formée d’énormes blocs granitiques,
surplombant le lac Victoria qui est vraiment grand.

Et là “ en haut de la montagne ”
loin de toute civilisation,
entre eau et eau (ciel et lac)
on attend Banghi qu’un gars est allé chercher…

Je vais parler en stop
car impossible exprimer totalement bonheur de l’instant.

Etre à cet endroit. GRAND.
Retour aux sources. Yes I.
NA PENDA KUZUNGUKA : j’aime cet endroit.
Love to you.

Il va être temps de se quitter.
Tout a changé dans la nuit d’hier à aujourd’hui
et surtout aujourd’hui.
Les moustiques ne m’ont pas loupé,
mais c’est de faible importance.
Je suis maintenant intégré à la Tanzanie.
Je sens les gens et je n’ai plus peur;
d’autant que les Tanzaniens sont sincères et affectueux.
Peur de tout le monde en fait.
Ou peur de blesser ou d’être blessé,
qui est ressentie en fait de la même façon
au plus profond de chacun.

Banghi dans la main gauche.
Pure, irritante parfois.

Depuis cette nuit et aujourd’hui (dimanche 18/03/93)
j’ai eu plus que des hallucinations
sur le fait que je vivais des trucs que j’avais rêvé
il y a quelques temps et tous à la suite.
Enfin, ce serait dur à expliquer là maintenant, mais bon :
tout va bien.

Laisse tomber !
Le lac Victoria, il est carrément immense;
parce que j’en ai vu en fait qu’une espèce d’estuaire,
enfin c’est compliqué. Disons que si tu dessines un grand carré,
et y ajoute un tout petit rectangle en bas,
hé bien le tout petit triangle dans la réalité il est déjà hyper grand,
alors imagine le reste du lac qui correspond au carré.

La folie toute cette eau !
MADJI en swahili, wasser, water, agua.
La lettre A semble pouvoir être retenue pour symboliser l’eau ,
ou une approbation.
A : personnel
I : l’autre.

Bon. (Ca me “ pose ” de dire bon. De l’écrire en tout cas).

J’vais m’coucher.

C’est bon. TOUT EST BON.
C’EST A NOUS DE CHOISIR
à chaque instant,
quand on repousse le souffle.
J’suis raide. Bonne nuit. A PLUS.

P.S : lundi 19 vers 10h00.
A quelques encablures (on dit comme çà, je crois) de Ukerewe Island.
Elle doit bien faire 20 km de long;
pourtant rikiki par rapport au lac.
Portez-vous bien !
PEACE ON YOU. LIFE IN YOU. LOVE FOR YOU.

P.P.S (le 20/04/93): j’ai trouvé un Paradis. LOVE.

Without fear
there’s no reason to lie
Disapear
that mistake they call : die.

[Suit, en italique, une lettre à Arnaud C, jamais postée]
Salut à toi Arnaud
Bon, comme j’ai pas envie d’écrire de conneries, ça va être bref.
Impossible de te décrire quoi que ce soit sans l’amoindrir, le flétrir.
Donc, contentons-nous de : je jouis.
C’est carrément du délire.
One life beyond dream.
A titre d’exemple, là je suis sur un bateau, sur le lac Victoria,
en direction d’une île : Ukerewe Island;
ma prochaine destination-étape.
A la proue du bateau,
beaucoup de fantasmes de quand j’avais 5-6 ans, se réalisent…
Tout seul, en passager,
à la découverte du monde.
MERCI. DIEU MERCI.

Si tu savais le nombre de plans cool qui m’arrivent…
Je dors chez l’habitant, en contact vrai, direct, sincère avec la vie Tanzanienne.
Hors et loin de tout circuit touristique.

A titre expérimental j’ai goûté – savouré – l’herbe locale…Banghi.
Ultra bonne.
Avec en plus, tout un folklore.
Tu fumes pur
et roulé dans du papier décollé de l’aluminium des paquets de cigarettes.
Tu vois l’action ? Du délire.
Derniers cônes : sur d’énormes rochers granitiques, plus que millénaires, surplombant le lac et la ville,
orienté vers le soleil qui se couche,
avec mon pote Kamelo.
Puis chez lui, dans sa chambre.

Pff…impossible de te décrire quoi que ce soit, ce serait beaucoup trop long.
Sache juste que tout est mieux que mieux,
meilleur que meilleur.

Tiens, je vais peut-être, sinon arrêter, du moins diminuer fortement
la consommation de viande (C’est déjà fait).
Sans me forcer.
Ca vient naturellement, je ne le sens plus.
Je n’ai plus de goût carnassier,
et même l’idée commence à me dégoûter
ou au moins “ ennuyer ”.

Quoi qu’il en soit,
que ton air soit doux,
ta santé inaltérable,
et pour résumer :
puisses-tu te porter aussi bien que tu le veux.

Je pense à toi.

20/04/93 :
Depuis l’arrivée à Mwanza, tout est idyllique.
Bien sûr que j’avais envie que tout soit pour le mieux.
Mais la réalité est encore au-delà.

Cette île est un bijou,
dont l’écrin est rien moins que l’immense lac Victoria.

Puisse Dieu continuer de préserver cette île.
De l’homme blanc notamment.

Merci à toi Seigneur. AMEN.

21/04/93 : (30 kilomètres marchés dans la journée).
Je ne sais pas ce que c’est qu’être Dieu,
mais de par mon humaine expérience
je pressens que la gloire du puissant est d’être miséricordieux.

Aujourd’hui, on m’a invité à partager le repas du midi.
Dans un village de…2 maisons.
Une famille.
On a mangé une espèce de pâte cuite molle, chewingumesque,
de la viande (…) du poisson
et des espèces de patates à goût de châtaignes.
Plus des oranges bien sûr.

Puis j’ai beaucoup marché,
croisé beaucoup de souffle, essentiellement humain,
puis, au retour, un autre homme m’a présenté sa famille et sa petite fille Cindy.

Enfin,
après avoir bien mangé
(un poisson acheté sur la route) et du riz et haricots au resto,
j’ai regardé une fin de film japonais (on aura compris le sujet…) joyeusement ridicule.

Cette île est une des plus belles choses qu’il m’ait été donné de voir;
avec Marlène sous moi.

En tout cas, je n’ai jamais été autant moi-même, aussi bien.
Merci Seigneur.

where = wapi/ how = nayo/ now = awa/ main = widole/ pieds = megu/
marcher = kutembea/ kisiwani = île/ soko = marché.

22/04/93 :
[Suit, en italique, une lettre à mes parents, jamais postée]
Salut à Vous Tous.
Nouvelles nouvelles de Tanzanie tanzanienne…
Je suis maintenant sur une île dans le lac Victoria.
Un vrai bijou dont l’écrin est ce lac immense.
Vraiment immense, on dirait la mer.
Il y a même des vagues; manque juste le sel.

Nous sommes jeudi 22. Je vis ici depuis le 19 au matin.

Je ne sais pas ce que vous avez trouvé au Brésil,
mais je suis sûr que tout vient d’ici.
Ukerewe Island est visible sur les cartes d’Afrique.
Je compte y rester encore au moins une semaine.

Ici, avec 12 F tu vis bien toute une journée.
3 repas + sodas + hôtel.
Honnête, non ?

Mais surtout les paysages sont… “fertilement ” beaux.
Des rizières, des plantations d’orangers, plein de petits villages de 3-4 maisons.
Tout est vert, jaune, orange, marron, bleu;
t’as qu’à choisir les couleur.

Je dois être un des seuls blancs sur l’île,
et le seul de Nansio le village-capitale…
Mais c’est sans aucun problème,
car les Tanzaniens, et plus encore sur Ukerewe, sont plus que fraternels.

Je crois qu’ici les moustiques (M’BU) existent
uniquement pour nous rappeler qu’on n’est pas au Paradis;
si ce mot a un sens.

Franchement, mis à part quelques voitures
et quelques ampoules électriques,
je vois pas ce qui distingue ce temps et cette place, de la Préhistoire.

Je ne suis plus (vraiment) un touriste.
Je commence à parler Swaïhili,
je mange et dors chez l’habitant.
Et on m’appelle de moins en moins M’ZUNGU.

Là je suis à une table de joueurs de cartes
(je sais pas encore jouer et ça a pas l’air simple)…..

Retrouvée sur des millénaires,
mon âme s’écoute en images idylliques.
Au point de ses choix elle respire.

Il y a longtemps vivait demain…

J’aime tellement Dieu que je me sens comme un obstacle pour lui.

Je suis vivant.
Je n’ai jamais été aussi heureux,
aussi libre.

Tandis que mon sens s’éparpille
en réponses aux appels du monde,
ma volonté se distille
dans le fluide des désirs,
pour se révéler en son nectar ultime :
la communion.

23/04/93 : 15 km parcourus à pieds.

24/04/93 :
L’oeil du nombril jamais ne se ferme.
De jour comme de nuit,
il est la porte ouverte de l’homme sur le monde.
Pas d’aveugle pour cet oeil là.

Tous les sens se fondent en un seul.
Tout commence et tout finit là.
Serais-je sur le nombril du monde ?

Emasculés hommes,
inclinez-vous devant la gardienne de la porte.
Ischa (femme en hébreu), la gardienne de la porte.

Le monde est simple.
Les enfants chantent, commentent, présentent.
Ils sont dedans.
Dedans et dehors.

Les Schtroumpfs ! je suis chez les Schtroumpfs.

Il y a fort longtemps,
les hommes étaient tellement proches
qu’ils n’avaient pas besoin de mots pour communiquer.
BABA (Père, en Swahili).

Si je remplace chaque nom par Schtroumpf,
il me devient impossible de parler passé, futur ou absence.
Sans le mot pas de mémoire.
Même plus de sensible.

Dis-moi, Père,
que trouveras-tu de mieux que le sexe ?
Où sera l’Amour
quand sera morte la chair ?

Laisse-moi ma soeur, et punis mon inceste.

Bon, c’est un bien joli monde que tu as créé.

Quand le delta du regard s’abreuve aux sources du coeur,
jaillit en pétillence l’émerveillement.

Toujours en jamais sont tes attributs, Maître de la Présence.
Grand Présent Omnipotent, Sagesse par Delà, libéral Possesseur.
Contraction-Expansion, tu te manifestes,
reproduisant à toute échelle, ou même dimension…. Pff ! ! !
Que dirai-je aux hommes, Père,
si tu n’ouvres d’abord nos portes
nous aidant à entrer dans le monde ?

Mais explique-moi.
J’ai conscience de moi-même,
mais cette conscience est-elle une conscience divine
“ concentrée ” en une individualité,
clouée à un trou de souffle ou trou noir ?
Nous avons les 2 en nous :
trou noir pour respirer, quasars pour expirer et parler.

Qu’est-ce que tu fais ?
Sommes-nous séparés de toi, ou non ?

Jésus nous dit : “ Nous sommes un ”.
Si nous sommes un, nous ne sommes plus,
puisque ce UN, de toute manières, c’est Dieu.
Donc il ne peut y avoir Dieu plus sa création,
car, à ce moment là, cela implique séparation entre Dieu et création,
donc Dieu n’est plus Tout puisqu’il y a autre chose que lui ;
en plus de l’espace nécessaire à ce “ quelque chose ”,
espace distinct de Dieu, également.

C’est çà qui est trop : on ne peut pas te quitter.
Partout, tu es partout.

Mais, si tu parles…à qui t’adresses-tu ?
Qui est censé t’écouter ?

Pourquoi. Ca je sais pas.

Cette nuit je ne me gratte plus à outrance.

S [Satan] : l’autre, distinction, rejet, séparation.
Déclin.

27/04/93 :
Plus que tout, j’aime penser.
Même : je suis pensée.
Il n’y a pas un instant où je n’imagine, et même réfléchisse.
Univers dans ma tête.
Où ? A quel stade, ou quelle dimension, la pensée a-t-elle lieu ?
J’entends : quand peut-on dire qu’il y a pensée ?
Notre expérience du monde est, apparemment, uniquement sensible ;
alors : quel sens “ détecte ” la pensée ?
Quel sens est conscience ?

Cette petite étincelle se baladait dans l’immense crépuscule de l’univers.
Quand elle réalisa sa beauté, elle la compara aux ténèbres qui l’entouraient.
De l’émotion perla une larme salée aux cendres du rêve.

Plus d’étincelle, pour rappeler qu’il vaut mieux connaître
la lumière au travers des ténèbres, que l’inverse.

28/04/93 :
La vie pour unique complice, en ultime témoin.
Sentir cette absence bruisser d’un frisson permanent ;
et savoir. Savoir que ma fibre est trame cosmique ;
et pourtant : demain peut-être sans moi.

Dans le jardin de mon esprit,
le frêle lierre du futile a fini par étouffer le pesant chêne
qui s’était autoproclamé Maître des Evénements ;
s’attribuant les titres de : Grave et Important.
Mais l’univers ?
A-t-il un seul mouvement ?
Ô toi, mon “ et moi ” !

[Suit une lettre adressée à Léandre GLM, jamais postée]
Léandre
Ô toi mon “ et moi ” !
Nous croissons et progressons
en l’influx de l’univers,
tout en allant à son encontre
par la stable ou “ passive ” activité de notre présence.
Tout s’échappe et nos sens ne sont que balais…ou racines.
(On peut dire : “  n’importe quoi ! ”
mais qui réussira à dire, exprimer cette “ chose ” qui unit
– au moins- tous les Hommes ?)
Ce trou tellement vaste qu’on n’en finit pas de faire le tour.
Ici (“ vois ”-tu comme il est peu aisé de parler ou fixer le temps) c’est une île,
dans le lac Victoria.
Une perle, ou la pupille de l’oeil Victoire.
Au fait, tu te demandes peut-être pourquoi je t’écris…
Après tout, suis-je vraiment un ami pour toi ?
Quelqu’un de proche ?
A toi de voir.
En fait, je m’écris autant qu’à toi-même,
tu dois savoir cela je pense…
Mais bon, en homme de spectacle, tu es bon public.
Depuis le 19 je vis ici, on est le 28.
C’est fou ! Je renais. Pratiquement comme un môme maintenant.
Pffouh ! Ca va ! 10 F par jour et tu vis logé, nourri. T’y crois pas.
Un épis de maïs en cannabis pour… 2F50 !
Dis bonjour à Patrick P si tu le vois.
Je préfère ne pas tenter de te raconter ce qui se passe ici car…
c’est l’information qui nécessite de la place, de l’espace,
et là il nous en faudrait beaucoup.
Le sens : univers sel.
Après avoir réussi à quitter l’île,
je devrais incliner vers la Zambie
et la fertile chute de reins de la vieille reine mère.
Puisses-tu t’accomplir consciemment et sereinement.
Mercredi 28 Avril 1993 13h42 26 secondes.
Position : équateur moins quelques pets.
Expérience 071019692355 toujours en…

La perméabilité de la Vie, voilà ce qui me fascine.
Son imprégnation dans le flot universel.
Les humains avaient, étaient, mais se séparèrent.
Nous pouvons saisir ou relâcher la matière dont nous sommes issus.
Nous pouvons posséder, thésauriser, arrêter ou dynamiser,
fertiliser, rendre ce qui ne s’appartient pas, à la carrière stellaire.

30/04/93 :
A l’heure où le bleu naît de l’orange dans l’horizon camaïeux ,
en toi s’accomplira le bonheur de la beauté amoureuse.
Se droguer c’est vouloir contrôler cette parcelle d’extase
qui irradie au plus profond de chacune de nos cellules.
Ultime orgueil ?
Conscient peut-être, mais tellement volontaire.
Quel dialogue, que celui entre Dieu et les hommes !…
J’aime voyager.
Savoir que je suis à tel endroit du globe
après avoir été à tel autre.
Les sens sont argileux, préférons l’essence.
Trou noir, affronter ce qui nous nie,
jusqu’à une éventuelle limite.
Allons mes frères, plongeons.

01/05/93 :
Accomplir dans l’Amour le rite de la Vie.
Unir, réunir, exploser de sa contenance.
Maintenant le Rien n’est plus.
Je crois que je resterai toujours étonné
par le fait qu’un arbre puisse pousser dans un mur,
ou entre 2 marches d’escalier.

[Suit une lettre adressée à mes parents, jamais postée]
SALUT A VOUS TOUS
Sur le lac, ou dans, le lac Victoria. Voilà où je suis.
Sur l’île d’UKEREWE, visible sur une carte, je pense
(la plus au sud. Une des seules îles).
C’est un bijoux, cailloux, genoux.
Mais aujourd’hui je suis un peu triste
car c’est mon avant dernière journée ici.
Je repars demain, pour « la suite du voyage ».
Demain : lundi 2 Mai vers 12h00 le bateau part de Nansio (ville principale de l’île) pour Mwanza, 2ème ville de Tanzanie pour sa superficie
et son rôle politico-économique.
Je suis vraiment attaché à cette île,
car ça fait 15 jours que j’y vis maintenant.
J’y ai des amis, des habitudes, des endroits privilégiés.
Il n’est pas évident de quitter un rêve; même pour un autre.
Demain ou après-demain je prendrai le train pour le sud du pays;
et d’ici quelques jours je pense passer en Zambie
où se trouvent les chutes. Après le lac, les chutes.
J’ai appris hier que l’équipe de Zambia s’était plantée en avion…Triste.
Je ne peux pas vous téléphoner. Trop cher et trop compliqué. Encore plus ici.
C’est vraiment un endroit « à part ».
On y vit logé, nourri pour…10 F par jour. Vous imaginez ?
Pendant les 15 jours j’ai pas dû dépenser 300 F.
Mais trêve de basses considérations pécuniaires,
j’espère qu’il fait beau « là-bas »; « chez vous ».
Ici, c’est con c’est la première journée « grise » depuis mon arrivée en Tanzanie.
Ah ! au fait, ça y est. Je laisse la viande à ceux qui l’aiment.
J’espère qu’Olivier et Isabelle vont bien également.
N’ayant pas leur adresse, ce sera pas facile de leur écrire.
Sinon, souhaitons que nos ministres et députés s’entendent.
Ah ! c’est pas bon çà un 1er Mai qui tombe un dimanche…
Tiens Maman : les chats ne sont pas nombreux ici,
mais tous aussi « bavards » que Phélie,
mais avec une voix plus douce.
Mais sinon : qu’est-ce qu’ils causent !

Vous savez, tout se passe pour le mieux ici.
Je suis venu à la saison idéale,
et en plus on m’a accordé un visa de 3 mois,
alors que normalement le premier ne dure qu’un mois
renouvelable (à Dar es Salam) trois fois.
Vous voyez le gain de temps, d’argent, et de « mobilité ».
Une erreur bien profitable.
Sinon, pas de problème de santé ou autre. Pas d’ennui mécanique, disons.
Toujours le même nombre de gélules, cachets, sparadraps, etc…
Sauf les comprimés pour le pallu, bien sûr.
Il n’y a même pas d’électricité ici.
On s’éclaire au pétrole et à la bougie.
Et sinon, on dort…
Les rues sont en terre,
et ça, ça a quelque chose d’apaisant par rapport au béton.
Sinon, je me lave dans une des plus grande baignoire du monde
(le lac) car les « conditions sanitaires » sont pas très brillantes ici.
Bon cette lettre doit vous paraître bien « décousue »
mais, compte tenu de tout ce qu’il y a à dire, c’est normal.
Enfin, la trame en est la sérénité.
Sérénité de ce pays et de ces habitants
qui sont dans le mouvement, qui SONT le mouvement de la Nature.
Je lis Hubert Reeves depuis mon départ.
A petites doses homéopathiques, dont je fais des boules,
que je rumine longuement.
Tout ce que j’ai pu apprendre depuis ma naissance,
mélangé à ce livre et tout ce pays, ce continent
font de ce voyage un vrai chemin initiatique.
Enfin !…
Et la mémé ! Elle va bien la mémé ? « M’ame P » elle est en forme, j’espère.
Là, il est à peu près 13h00, vous allez pas tarder à vous mettre à table…
Je pense souvent à vous. Et c’est amusant de penser que vous êtes là
« au-dessus », à des milliers de kilomètres, avec vos propres activités.
Je me demande s’il se passe « quelque chose de spécial »
quand des personnes pensent à elles réciproquement, au même instant…
En tout cas je vous souhaite à tous
Papa, Maman, Mémé, Olivier, Isabelle, and « pets »,
une santé éclatante, un moral éblouissant (et oui, au moins…).
Bref, PORTEZ-VOUS EXCELLEMENT BIEN.
En provenance de UKEREWE Island : Equateur moins quelques pets, sur Victoria.

Dans la panse d’une vache cosmique se rumine l’univers.

03/05/93 :
Vers 5h45 – 6h00
Nous sommes des pompes.
Tout vivant possède la faculté motrice de la pompe;
ne serait-ce que par le souffle
et la technique saccadée-rythmée qu’il emploie pour se reproduire.

Anima était la Vie
Mais Leta avait l’action.
C’est au sujet d’un vol
Nous parlerons, par questions, hélas.
Quelle voie emploierons-nous pour le louer ?
IAO Le Suprême IAE IEA AIE AIO
Miséricordieux EIOA IEOVA
Chaque bêlement d’agneau est le cri d’une âme
qu’on assassine quelque part au même instant.

Pour tenter de marquer ce temps qui s’enfuit,
nous faisons de nos corps des empreintes.
Nous appelons tout le monde, de nos aspirations,
et nous le rendons, en moites confessions-expressions.

Anima le soleil et LETA l’être vivant.

Etre conscient jusqu’à m’évanouir.
Même sous l’éternelle couverture de la nuit,
on n’échappe pas à l’existence.

Chaque humain est une parcelle d’amour,
de vérité, qui, pour s’exprimer totalement a choisi
de se réaliser, de s’accomplir dans la forme (humaine).
Nous accomplissons ce que nous sommes.
C’est çà qu’il faut faire.

Instantané. Un oiseau ouvre le ciel.

Quand le rouge naît du jaune,
et du rose naît le bleu;
quand tout bouge,
dansent les aulnes
comme des petites flaques
laissées par la mer lors de sa retraite,
Dieu s’absorbe en un égarement.
Est-ce aux nuages que tu le chercheras ?
Quel est l’homme qui a eu la vraie foi ?

Sur une terrasse africaine,
je déguste ma vie en un cône et un pepsi.
Mangue et banane attendent d’être sacrifiées
sur l’autel de la faim.
Plus tu désires, plus tu peux attendre.
Plus tu Le manges, plus tu Le connais.

C’est ma haine des humains que je fume en avides volutes.
Le cannabis est la clef pour le Royaume du Doute,
l’Empire Equivoque du Sens nous est offert.
La voix de l’Amour, dans la végétation résonne;
donnant à l’herbe sa couleur.

Ruines et cendres seront toujours les briques de demain.
Aujourd’hui est l’espoir d’hier.
Il y a 5 000 ans peut-être, déjà, un homme déclarait :
« Rien de nouveau sous le soleil ».

[Etymologie de Tanganyiaka (ancien nom de la Tanzanie, avant l’union du Tanganyika avec Zanzibar, qui a donné la Tanzanie)]
Tanga : voile (de bateau)
tanga kunya : errer sans but.
nyika : plane land (plat pays), Mais aussi : la place la plus proche de la mer, de la rive . Berge, côte.

Prière
d’un
vicieux

L’Amour, Seul, de l’Egocentrisme…
Et puis merde.

04/05/93 :
Etre et Devenir.
Devenir : venir de, puis, et, être.
Etre et Etre, quelle séparation ?
Où commence la distinction, quelles sont les frontières ?
« Que d’eau, que d’eau ». Oui. Et que de grains, que d’étoiles.

Condenser la parole.
Employer des atomes-mots lourds
(on dira alors aussi : lourds de sens…)
et en faire des molécules très « actives »
aptes à se lier à toute composition organique contingentielle.

Contingence, ma grande soeur, ne m’oublie pas.

Appel à la Révolution.
Pas de violence, de vol, de meurtres.
Un échange perpétuel, harmonieux,
un partage.
Chacun prend ce dont il…
Un libre échange. Pas d’argent.
Que ce qui doit et peut être fait, se fasse.
Les humains veulent travailler ?
Tant mieux.
Ils veulent des vacances ?
Heureusement.
Tuons l’idée de profit,
son sang tintera plus qu’il ne coulera.

N’importe où j’irai,
maintenant je sais
qu’à 6h00 de Greenwich,
chaque jour se lève une aube de merveille.

05/05/93 :
vers 1h00
Dieu est.
Eternel vivant, tout manifesté
Matrice des origines ,corps des destins
Substance des rêves, Absence des morts
Seigneur des Lois, Maître des Empires
Plus de néant car Dieu comprend.
Gloire à celui que tout célèbre.

n’gapi : combien
m’waka : an
kamili : à quelle heure

Nous n’aimons pas les mouches
car elles se posent sur nous
comme sur une merde ;
nous rappelant notre humilité.

Ne nous trompons pas.
Le soleil se répand en pluie sur terre,
et non en onde directe, ligne droite.
Que se passe-t-il entre eau et photon ?
La lumière est porteuse du souffle cosmique.

Au vestiaire du monde
je laisserai ma dépouille,
parure d’impudeur,
rendue en guenille ;
et le tailleur alors dira :
“ J’aurais dû le laisser nu ! ”.

06/05/93 :
De but en fin.
Même la sagesse est vaine
Si par l’Humain elle est debout
Sachons que son corps est de boue
(même la beauté renie)
Il n’est ni gloire ni beauté
(car Dieu lui-même s’est renié)
En l’Homme elle trouve un corps de boue
Il faut des cendres pour être debout

Car Dieu en l’humain s’est jeté
Il n’y a plus d’espoir juste l’avidité.
Vouloir mourir, être mieux, (aspirer) humain
Le vrai Amour mène à la faim.
D’ailleurs on aime avec la bouche.
Le coeur est un autre estomac.

Beaucoup de mots dilue l’esprit
Et chaque action produit son fruit
Tout vient du centre et y retourne
Voici la voie où je séjourne
Il est puisqu’il y a
Fut-il dit vain ce rêve errant.
Que d’émotion pour du néant.
CALAMINE.

07/05/93 :
Vanité des vanités, que dire de plus ?
Savoir et mémoire colorent le sang ; son goût vient de la flétrissure.
Mais, là où l’un agit, l’autre passe,
effaçant, par sa conduite, la trace de sa présence.

Se laisser porter par CA .
Savoir attendre le temps, l’instant pour –se- réaliser.

Il faut se manger soi-même.
Savoir se consommer.
Par une espèce de grande soupe nucléaire
épicée de volonté.
Brûlant orgueil qui fait frissonner.
Les Hommes sont des trous noirs.
Nous irradions de pesanteur.

Accélération par rapport au temps.
Par rapport à la matière et à l’espace.
Où se situe, de plus, la frontière entre espace et accélération
(si expansion ou même rétractation).

Nous nous baladons dans le temps,
l’espace de notre vie.
Voilà les vivants,
ou peut-être uniquement les Hommes.

Par “ principe ” nous sommes un trou noir,
dans TOUS les sens du terme.
Un trou. Pour avaler, pour manger,
pour embrasser, pour encercler,
pour unir, pour finir, pour jaillir.

Merci Eternel d’avoir fait de nous des anneaux.

Se méfier quand le temps se fixe en nous
– au milieu de nous peut-être –
car alors, il nous alourdit par gravité.
En tant que temps nous en tendons
ce qui passe, trépasse, se chasse en sure face.
Nous allons chercher l’événement
toujours plus loin devant nous,
et ce, de plus en plus vite.

Et on dirait que cet anneau (merveilleux Tolkien…)
peut se diluer de plus en plus
– jusqu’à peut-être ne plus exister –
procurant alors une sensation – à scientisation.

On est des trous noirs qui s’déplacent,
mais en beaucoup plus subtils.
Quoique…on ne sait pas.
D’ailleurs, peut-être pas.
Les trous noirs peuvent être
des hommes, ou des cellules.
Comment tout expliquer ?
Ce que je “ ressens ”, dirons-nous ?
Pourquoi cette haine destructrice ?

L’Homme (continuons +) est un anneau sensitif,
capable de palper toute la matière qui passe à travers lui.
De s’en imprégner, même, pour un temps,
car il faut, FAUT, rendre.
(Démangeaison)
Attendre.

La matière va spontanément adapter son agencement
pour favoriser et prolonger l’activité qui l’anime.
C’est “ l’instinct de survie ”, qui dit survie dit vie.

Le feu attire,
puis répulse puis attire,
mais petit à petit il consomme et concentre.

[Suit une lettre adressée à Arnaud CLERC, jamais expédiée]
Exaltation
Merveilles d’un espace libéré
Ouverture secrète, abstraite
Des chiens hurlent sur Ukerewe Island
L’eau s’abaisse aux pieds quand il faut
Ici on apprécie l’essentiel
alors la beauté se respire
par le nombril
Dans mes rêves; voilà où je suis
Jamais je n’ai été aussi bien.

(Imagine un épis de maïs, hé bien, tu as “ çà ” en cannabis pour…2f50 ici.
2 francs ! ! !…)

Bon, mis à part çà, pfouh c’est…au-delà des mots.
Déjà : retour dans le passé direct, énorme, imparable.
Franchement, je sais pas quoi t’écrire, ce serait trop…réducteur.
Je ne suis pas (qu’) un touriste ici,
je vis avec, chez, l’habitant. Comme un des habitants.
Là je vais manger une banane et une orange. Il doit être minuit.
C’est merveilleux je t’assure.
Je sais pas comment faire passer çà.
Je jouis de vivre, d’être libre,
faire ce que je veux comme je veux.
La banane ici est utilisée plus que la patate chez nous,
(“ chez nous ” ?Ah ah ah ! ! !) tu envisages.
Cette île cadeau
Ce lac joyaux
Tu vis une journée en mangeant bien, logement compris, TOUT pour 10 F
; allez 15F et TOUT est dit, mais alors vraiment TOUT.
Alors t’imagines,
tu te ballades dans les rizières,
sous le soleil,
puis, tu changes de côté,
et tu t’arrêtes pour manger
des oranges cueillies sur l’arbre,
tout en discutant avec son propriétaire,
qui du coup t’invite chez lui,
te présente sa famille,
partage son repas avec toi
(je pourrais te le décrire, mais on verra plus tard) tu partages, communiques, et communies avec lui,
puis vient la séparation ;
en rentrant en ville tu achètes des poissons cuits
pêchés dans le lac bien sûr,
et ma parole ils sont super bons.
Comme çà, sur le bord de la route.
Tu te baignes et te laves dans le lac.
Il est…plus qu’ immense bien sûr.
J’ai pas envie de faire de grandes phrases tu sais.
la vie est simple ici. Naturelle.
Pas d’angoisse, on est bien dans le mouvement.
Bon ! Ah, il doit être à peu près 1h00 du mat’.
Pff, si tu savais comme je suis bien.
je le répète peut-être tout le temps.
Mais si tu étais là à ma place,
je sais pas si tu aurais la force de bouger.
Je sais pas.
Peut-être l’image te donnera-t-elle une idée de mon existence-émotion :
regarde une carte et tu verras une petite île,
normalement, sur le lac Victoria (la plus au Sud)
c’est là. L !
Que je suis.
Pratiquement à l’équateur (quelques petits kilomètres)
à la distance 0 des 2 pôles…
TOUT VA BIEN.
Let’s Roll…
Ahlalalala ! ! ! Rien que çà ça te ferait rajeunir de 10 ans (peut-être) :
rouler ici. Dans du papier décollé des paquets cigarettes
(“ This is Best RIZZLA… ”)
vas-y que j’te roule.
A la pure, bien sûr.
Un instant ici, un rien,
c’est au moins une minute paisible à Paris (là-bas).
Je sais pas quoi te dire
car tu le sentiras à mon retour,
et nous pourrons croiser nos souffles.
Porte-toi bien.
SANTE CONFIANCE AMOUR PAIX.
Tout ce que tu veux AMI.

11/05/93 :
Si toute action a un antécédent,
il n’y a pas de hasard.
Tout est devant l’homme,
excepté lui-même.
T’es là, un pauvre mec
au milieu de 5 milliards d’autres.
Une couche d’écorce sur la Terre,
qui bientôt consumée,
formera une croûte
servant de stèle aux générations futures.

Tout le futur est dans le passé.
C’est aux sources d’hier qu’il faut chercher demain.

Les mots peuvent se débattre
autant qu’il est possible,
ils ne sauraient rendre compte du sens.
A partir de là, toute communication
par les mots sera artificielle,
décalée par rapport au monde DIT sensible.
Parlez-moi du sens,
du cri jailli de ce trou noir en moi.
Je sais qu’on peut dire que le sens est trompeur,
ou mauvais ou même rien.
Mais il est en fait le lien
entre ce qui est déjà sensible, matériel,
et ce qu’il n’est pas
possible d’appréhender d’après les 5 sens courants.
Lien entre rationnel-matériel et irrationnel-«spirituel».

Regarde, regarde, jamais ne te lasse.

13/05/93 :
Dieu est + vaste que l’univers pourrait le dire.
Ce que je ne comprends pas c’est cette « absence » à lui-même.
En tout cas, chez l’humain Dieu semble inconscient de lui-même.
Il se parle par la nature (il EST également la nature)
et s’écoute par l’humain (minimum).

Pourquoi la sagesse, ou au moins la connaissance, n’est-elle pas gaie ?
Ou c’est moi qui la rend triste.
A ce moment les sentiments sont des statues sculptées par mon âme.
Je n’aime pas trop l’âme. Elle respire trop (l’envie) la soif d’éternité.
Au moins ne soyons pas cupide avec la mort.
N’espérons pas avoir une suite…après la fuite.
Et puis à quoi bon ce jeu de rôle ?

L’anneau, le tube ne se rassasie pas.
A chaque niveau ou étage on retrouve l’anneau.
D’ailleurs anus = anneau.

Exil

15/05/93 : Vers 2h00 du matin.
Attendre – Falloir – Quand – Passé – Empressé – Désir –
Des couronnes de lumière en guirlandes.
L’un avec l’autre.
Le sucre dans les cannes et le rêve en premier coeur.
La lune.
La lune a la couleur qui donne la fièvre aux hommes.

16/05/93 :
Le cannabis a une fumée froide, aigre,
nacrée d’absence aux épices de fantasmes exutoires.
Ne jamais s’atteindre, toujours se repousser ?
La fin de l’étreinte brûle le regret.
La lumière procure à la matière
une force-faculté de désagrégation (sinon désintègre) ASCENTIONNELLE.
Sous l’effet light, matière s’évapore.

Le grand événement passe au dedans de nous,
il imprime en nous des réflexes, diront certains à d’autres places.
On prétendra qu’il nous fait nous révéler.
Peut-être la masse d’air qui nous environne est-elle composée de beaucoup (ou majorité) d’idées – dirons-nous, car les mots manquent pour décrire – mauvaises et d’une minorité de bonnes.
De même que nous sommes beaucoup de merde et très peu…

On ne peut pas revenir en arrière, mais parfois des rêves se réalisent, et…

Dans le désir se trouve la vérité.
Au fur et à mesure que l’on creuse, on apprend.
Mais il faut aussi manger pour apprendre.
Nous devons brûler, consummer,
donc nous sommes, d’une façon ou d’une autre, « peut-être » quelque chose de très chaud, puisque nous pouvons décomposer.

Par le désir nous entrons dans l’événement,
nous nous diluons en lui;
mais après, par écho d’équilibre, (la matière) la gravité reprend ses droits et c’est pas bon.

Ce qu’il faut c’est vivre pleinement.
C’est à dire :
laisser passer tout ce qui se passe,
et sans dire un hélas.

Céder à la tentation du soi procure un plaisir pendant 1 à 2 secondes assez fabuleux.
Mais justement, on peut être + que l’anneau, ou même principe; mais en plus émettre.

Poussons La Fontaine : tout (« vient à point ») vient puis est.

On s’est fait voler.
La Jérusalem céleste sera COMPLETE quand le « morceau » sera rendu.

Dieu aime les femmes.
A aimé les femmes….et c’est pour çà qu’il les châtie.
Eve et Marie. Et le principe second est le meilleur.
Après la douleur le plaisir ?
Voir « un temps pour chaque chose… – L’Ecclésiaste»

Il y a quelque chose d’extrèmement avide en nous,
qui peut produire de la vitesse; l’idée puis l’action de vitesse.
Une volonté de posséder la matière,
jusqu’à vouloir qu’elle soit en nous, au plus profond.
Peut-être nous mêmes.
Et tout est bien.

Avec la folie on rentre dans le monde.
Mais bien entendu y rentrer c’est en sortir.

La patience mène à la vie.

Il est impossible à Dieu de se montrer.
Rien n’est impossible à Dieu,
mais rien n’est distinct de lui.
Ou alors si…
La perfection nécessite un principe, une base, un départ qui soit parfait.
Cette perfection a alors , au moins, 2 optiques pour exister.
Elle est elle-même ou elle a été fabriquée.
Mais justement : échappe-t-on à la création ?
Comment dire que quelque chose est, sans début, sans origine,
alors que tout tend à prouver qu’il y a une origine,
même si elle est constamment plus éloignée.

La perfection consiste en une épuration perpétuelle,
avant même tout commencement,
qui crée un effondrement sur elle-même de l’entité.

Tu sais, il y aurait des milliards de milliards de choses à dire.

J’ai l’âme de verre.
De verre ou de vers.
L’âme ou lame.
Je suis devers.

La tentation de la chair !
Il n’y a que ceux qui n’y ont jamais goûté qui peuvent y résister.

17/05/99 :
A peu près 6h30.
A l’heure où les coqs finissent d’ébrouer leurs cordes vocales
pour ancrer l’espace.
Je ne sais pas si un moteur à 3 ou 4 temps est plus efficace que 2,
mais avec 1 on a déjà tellement.
Entrer sortir, froid dans chaud ?

18/05/93 :
Eternel initia
espace et terre (matière)
La Terre (était) alors
informe et vide
l’esprit éternel s’exhalait
en surface des eaux

19/05/93 :
Pour qui chante le coq à chaque aube ?
Ah ! La petite heure d’entre 2…
Du monde naît l’idée de l’humain.
N’oublions pas que notre monde est fondé sur des mots,
exprimant par un moyen physico-chimik des idées elles-mêmes physico-chimik….
Tout sait, mais l’oubli….

Matière soumise à mémoire.
La science ne touche pas l’essentiel.
Je ne sais pas s’il n’y a que la mémoire et le sens pour traiter la matière.

La matière qui est (ou simplement support de la) mémoire crée le sens pour jouir d’elle-même.
Le sens crée la pensée pour se diriger.
Un ordre préétabli.
Et la pensée sert à fixer la Parole-information-mémoire.

Peut-être ne sommes-nous que des trajectoires
influencées par de grands mouvements astronomiques.

Versez-nous de l’aube au crépuscule
et de l’aurore à chaque instant.

Je poursuivrai mon souffle, de pas en pas.
(Le long des rails) Chemin de fer, chemin de terre. Chemine mon frère dans une prière.

20/05/93 :
E = grave-long-lourd-lent.
I = court-aigü-léger-rapide
A = + aigü que E
O = grave mais plutôt médium.

22/05/93 :
Malaria es-tu là ?
Anyway. Le verbe semble plus important que le mot. (Putain je contrôle mal ma main. Un peu inquiétant….)
Le verbe marque une action, il construit.
Le mot, lui, est une brique.

Intéressant de constater l’appréhension du monde sans verbe, sans nom,
mais avec : que , qui quoi, quel, quand, où, comment, combien, (pourquoi ?).
Or ces mots sont fondamentaux quand on est dans un pays étranger;
donc un peu plus « hors communion », car il y a encore une plus grande différence de langage.

Le verbe est affirmation; la locution est interrogation.
Chercher 32 verbes « fondamentaux » essentiels. Le faire. Puis ces 32 verbes « appellent » des mots. (32 : i chacun).
Vérifier à quels verbes correspondent chaque locution.
A faire.
Je ne peux hélas car douleur et moustik.
Douleur from moustik.
Mais piste sérieuse à faire si je ne meurs avant.

Etudier le somnambulisme aussi. Y-a-t-il des cycles ? Toujours les bras tendus ?
Rythme cardiak, activité cérébrale impossible quoique…

Sinon d’autres choses à étudier.
Y-a-t-il d’autres locutions ou verbes dans d’autres langues ?

Plus tard.
Le sens mène au pourquoi,
qui mène au doute,
qui mène au choix,
qui mène à la différenciation (différence)
qui mène à la guerre.
Verbe mène à la conscience
qui mène à l’égo
qui mène à l’orgueil.
Gravité des mots -explosions.
Car avec « tu » inférieur à « il » inférieur à « ils » il y a différence donc éclatement.
Position du corps dans toutes les langues.
Racines des sons…O,A,E,I

Toute notre vie est déjà programmée,
comme un train, et moi pour chauffeur,
par mon coeur, mon âme, ma volonté, mon désir,
ma pensée, mes sentiments, émotions.
S’accomplir au fur et à mesure.
Peut-être avons-nous plusieurs existences
jusqu’à la « parfaite ».

Aimer.
Souffrir.

[Suit une lettre à Arnaud CLERC, jamais postée.]
Salut à toi Arnocturne
Bonjour ? Ou bonsoir. Ca va ? Souhaitable.
Bon, tu me connais : hé bien, à mots pesés, ce pays est…magnifik.
« Haha, j’m’en doutais ». Bien sûr que je le voulais, mais là…disons que les mots fondent au soleil.
Et par endroit il est carrément je sais pas, disons : (hé bien oui, disons, « j’veux dire ») « merveilleux » ?
Sincère. C’est pas que tu perds tes dents, c’est le corps qui s’effondre et les dents qui restent en place, suspendue dans l’espace.

Y-a un cratère qui ferait pâlir tous les zoos et cirques du monde réunis (carrément un doute?! Un ou 2 « n » ? Non, un seul).

Tu peux aussi trouver une île-joyau, sertie d’un des plus grands lacs du monde. Ah ah ! Victoria bien sûr. Non sans blague, ni fausse esbrouffe, ici, à Ukerewe Island, tu FLASHERAIS. Mais pour des milliers de raisons.
Même les morts sont heureux ici.
Enfin bon ! De ton côté tu dois bientôt avoir des examens, non ? Puisses-tu réussir !

Maintenant : deuxième temps.
Tout était idyllique, jusqu’à il y a à peu près deux semaines (ça fait plus d’un mois que l’île m’héberge. Hé ! 10 F par jour nourri logé !! Bien sûr c’est pas çà qui m’a fait rester).
Puis insidieusement, pernicieusement, d’abord de pauvres démangeaisons AIE AIE AIE. Genre gale. Peut-être d’ailleurs (ici je pourrais être médecin…Tu cernes ?….)
Puis lentement, mais ô combien sûrement : fébrilité.
Puis fièvre. Puis carrément douleurs de tête allant également croissant : MALARIA docteur WATSON…

Euh c’est franchement pas cool comme maladie. Pour l’instant (là maintenant. Où, quand ?) deux nuits fièvreusement douloureuses, sans dormir une seconde.

Ha hem !…Et c’est pas fini. Ca va nettement mieux, mais pas : bien, sain, net. Tiens : pan aie ! La tempe droite. Mais c’est bizarre : je suis pas fatigué. Vrai. Je sais pas si c’est la douleur, l’anxiété, les médocs ou tout ensemble, mais le fait est là : je pense pouvoir « tenir » encore au moins une nuit. Mais….pauvres nerfs !!

Aussi ! Me voici CARREMENT dégoutté, car j’envisageais (yes yes) de descendre, par train et piste, jusqu’en Afrik du Sud, puis remonter, par un autre chemin, jusqu’en Tanzanie, et là, soit finir le peu d’argent sur place, ou repartir direct ou résolument : de remonter en France, en suivant le Nil, puis le pourtour de la Méditerranée, via Israël, Liban, Syrie, Turquie, Bulgarie, etc…Tu vois le trip ?
Je sais que j’aurais pu le faire, mais là l’heure est aux remises en questions « tragiques ».
Parce que d’abord : tous les pays du sud à traverser sont infestés, ensuite le traitement préventif Lariam est à prendre au maximum pendant deux mois (on y touche déjà) et en plus, on a vu l’efficacité….

Enfin, même le traitement curatif « anti-crise » qui devait être efficient, ne l’est plus.
Donc, hem ! Rassurant.
En plus, il me reste tout juste de quoi « tenter de parer » une offensive nouvelle de Malaria, avec le faible produit.

Ah oui ! Au fait, comment ai-je pu oublier ? tout à l’heure : en plus de toutes les réjouissances nocturnes précitées, y ajouter (simultanément bien sûr) PLEIN de MOUSTIK !
Ces vecteurs de mort. Et qui passent sans problème à travers la moustiquaire.
T’imagine ? Sérieux ! Non je pense pas devenir moustikophage mais bon…

Donc là je suis allongé sur un lit, et je me demande vraiment quoi faire. J’ai même pas l’air de guérir. Au contraire ça rechute semblerait-il.
Alors : jouer la sécurité ou suivre son désir ? (On retrouve une certaine situation…)
Mais en fait je crois que le problème se pose même pas. Je pense pas me permettre de poursuivre quoi que ce soit dan scet état. Raisonnablement. A moins d’un changement. Retour à la normale total. Sinon…putain merde je rentre….Snif !
Chier sans déconner. Bordel, si la moustikaire avait été un tout p’tit peu plus fine. Y-aurait PAS de problème. AUCUN.
A quoi tient le bonheur sans délirer. Car, vraiment depuis le décollage à Charles de G, c’était le pieds intégral. Si tu savais. Souhaitons qu’on en parle un jour.

Je préfère même pas prévenir les parents, car ils flipperaient rouge, non bleu. Et c’est pas non plus la Grande Guetteuse. Du moins j’espère.

En conséquence, si je rentre, j’aimerais bien connaître le prix d’une analyse de sang, d’une consultation de toubib, rt, ou, d’un dermato (150 – 200 F je pense) sur Paris.
Si tu pouvais prendre ces renseignements, ça me ferait gagner du temps. Quoiqu’il arrive , merci.

Voilà pour le petit drame de « Mister F. » (ahah). Ouaip c’est pas l ’enfer (j’ai pas vu de glace). Encore une fois c’est un rêve ici.
Ah bien sûr ce qui va sans dire….tatata : ne dis rien à mes parents, ni à PERSONNE d’ailleurs. Bon.

Et ta copine ? Mmmmh ? OK ? KO ?
Encore une fois : tarde pas trop, si tu y crois, car passé un certain stade, tu seras son meilleur ami (ou grand) et plus de réalisation ou alors désastreuse. Sérieux ! C’est connu, et je l’ai même expérimenté. deux fois. une fois chaque.
Oui oui je te prends pas la tête…OK Sinon j’espère que Vince va bien. J’aime bien ce mec. Bonne dynamique notamment.

Regarde les ces… moustik. Je les avais massacré hier. Sinon, que je rentre vite ou non, ce voyage m’a initié. Certes. L’essentiel est acquis, je pense.
Mais …souvent au delà des mots.
D’ailleurs je crois que j’aimerais bien pouvoir me taire longtemps. Cool de vivre sans un mot, seul ou en compagnie.

Ca y est moskitos attack. 18hoo ici donc 16 pour toi. Samedi 22 au fait. D’ailleurs la lettre partira que lundi…Chiant. Bizarrement, j’ai les crocs et ça fait un bout que ça m’était pas arrivé. Bon signe ?

Ecoute, je préfère arrêter là.

Amour, Sérénité et Santé. Ce dernier en seconde position d’ailleurs.

Porte-toi bien. Veille. VEILLE….
Frère de souffle dans le grand Où……..

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