le Bwiti des Fang (et autres Bwiti)

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Bwiti des Fang
 
(O. Gollnhofer et R. Sillans, 1985; O. Gollnhofer et R. Sillans, 1983; J. Binet, O. Gollnhofer et R. Sillans, 1972)25,26,4
 
Le long des régions côtières du Gabon, le Bwiti a commencé à être connu des Fang à l’époque des explorations de Savorgnan de Brazza, mais selon une lettre de Lucien Meyo, secrétaire du Prophète Ekang Nwa, « c’est en 1908, que les Itsogho et les Bapinzi arrivèrent au Gabon, c’est-à-dire dans l’estuaire de Libreville. C’est là qu’ils apprirent aux Fang à manger « l’iboga par la racine ». Avant cette période, les Fang utilisaient les feuilles d’iboga et d’alan (Alchornea floribunda, une euphorbiacée de laquelle Mme F. Khuong-Huu30 a isolé un nouvel alcaloïde, l’archornéine), mais seules les effets des racines d’boga produisent finalement les visions du Bwiti.******
Le Bwiti des Fang, à la différence des Mitsogho, accepte les femmes comme membres, mais tous, quelque soit le sexe, ne sont admis qu’après avoir pris de l’iboga.
La racine d’iboga est absorbée, non seulement sous forme de fines raclures, mais aussi dans une préparation faite de jus de canne ou de sucre, de vin de palme ou de lait. Tandis que l’extraction des racines d’iboga est réservée aux hommes, les « préparations galéniques » sont faites par les femmes et sont dites « express » ou « automatiques ».
De telles préparations, qui réduisent l’amertume et préviennent partiellement les vomissements, permettent d’atteindre la phase normative plus rapidement.
Pendant les rites de passage, les caractères essentiels des rites Mitsogho sont préservés et le langage rituel est Mitsogho.
Cependant, la « mère » est une femme, quelquefois accompagnée de son mari, qui devient le « père ».
Une grande importance est donnée à la retraite et à la confession qui précèdent l’initiation.
La notion de pureté est une obsession de la mentalité Fang, et la manducation est perçue comme une épreuve qui sert à expier (en vomissant) les fautes qui ont été commises.
Le Bwiti Fang est actuellement le résultat d’une adaptation du Bwiti originel au culte des ancêtres traditionnel (Byeri), avec l’intégration d’éléments et de concepts chrétiens.
Il en résulte que le Bwiti Fang n’est pas uniforme et est structuré en plusieurs branches qui sont indépendantes les unes des autres et au milieu desquelles des mouvements « prophétiques et messianiques » fleurissent.
Selon Michel Fromaget (1986)19, Président du département de Psychologie de l’Université de Libreville de 1981 à 1983, il y a deux sortes de Bwiti au Gabon.
1- Le Bwiti des Mitsogho, qui a été préservé dans une forme très sobre et très proche du modèle originel, le Bwiti initial ou Bwiti Disumba, du nom de la première femme, qui a deux variantes:
– Le Bwiti Mitsogho des nganga-a-misoko, prophètes et sorciers devins, thérapeutes éminents, qui pratiquent la guérison psychosomatique et une sorte de psychanalyse.
– Le Bwiti N’Dea, un culte de sorciers, une déviation du Bwiti Mitsogho avec des sacrifices humains et du cannibalisme, dont le but final est magique, l’acquisition de pouvoirs surnaturels.
2- Le Bwiti Fang, connu des Fang à une date ultérieure, qui est un étonnant syncrétisme de Christianisme et d’animisme.
Bureau (1972)7 mentionne douze subdivisions du Bwiti Fang. C’est pourquoi, nous devons renoncer à toute idée d’étudier le Bwiti Fang comme une entité uniforme et homogène, et il serait illusoire et inexact de rechercher une « vision normative Fang » comparable à celle du Bwiti Mitsogho.
C’est pourquoi, à l’intérieur d’une communauté dans laquelle l’initiation doit prendre place, tout dépend des relations qui sont acceptées dans cette communauté, entre le culte des ancêtres (représentés par leurs crânes), le Bwiti originel et le Christianisme.
Si nous comparons, en termes larges, le Bwiti Fang et le Bwiti originel, nous trouvons des similitudes frappantes entre les contenus des visions. Seuls le décor, les visages ou les personnes représentées diffèrent. Ces dernières sont des entités dérivées du Christianisme et peuvent apparaître en nombre illimité.
Cependant, ce serait une erreur de croire que le Bwiti Fang s’est complètement démarqué du Bwiti originel et de la culture ancestrale des Fang. Les éléments y sont mais ne sont pas très apparents. Cependant, ils peuvent apparaître si nous connaissons la connection entre les visages qui sont reconnus et ceux qui sont cachés derrière eux.
Une figure religieuse chrétienne peut incarner en même temps plusieurs entités spirituelles Fang, et vice-versa.
Durant les rites de passage, nous trouvons les mêmes effets psychophysiologiques que ceux observés chez les Mitsogho.
Après une longue série de périodes, pendant son ascension mystique, le sujet sous l’influence de l’iboga, à son apogée, se sent comme « transporté par le vent » vers l’au-delà devant la maison du Christ et de Dieu. Il est guidé vers cet endroit par ses ancêtres au son de la harpe.
Un voix lui donne son nom initiatique et lui dit combien d’argent il aura à payer pour son initiation.
Pendant son voyage, il voit plusieurs saints, Noé, des prêtres dans leur soutane. Le Christ ,dans des vêtements d’or, interroge l’étranger sur les raisons de sa visite. Et le néophyte répond: « Je cherche, je désire voir le Seigneur Jésus Christ ». « Je suis celui que vous cherchez », répond le Christ.
D’un néophyte à l’autre, le contenu de la narration décrit des rencontres avec le Christ dans un autre décor.
Le sujet traverse d’abord « un purgatoire, où l’homme souffre » puis le paradis avec ses sept niveaux où glissent des anges. Sur le niveau supérieur, le voyageur voit un homme portant une croix, et plus loin la barbe de Dieu le Père.
Dans d’autres visions, la Vierge Marie, Adam et Lucifer apparaissent
Le dialogue est pratiquement identique dans chaque vision à celui rapporté chez les Mitsogho.
Dans ce syncrétisme, Ngyingon (principe femelle, femme du premier homme, appelée Disumba chez les Mitsogho) est assimilée à la fois à Eve et à la Vierge Marie.
Quant à Nzame, le principe mâle, le premier homme, ou Nzamba-Kana chez les Mitsogho, il est représenté par Jésus-Christ.
Pour certains prophètes, Adam et Jésus-Christ personnifient « l’Etre Suprême » qui n’est jamais perçu dans les visions Mitsogho.
Lucifer, le serpent-arc-en-ciel, est présent dans la vision Fang. Il représente le diable, qui est Evus, une notion bien connue des Fang.
Pendant leur vie, les Fang peuvent faire plusieurs voyages dans les conditions rituelles du Bwiti, leur permettant de confirmer la réalité de leurs visions. Les initiés peuvent aussi appartenir à la société dite de possession Ombwiri ( réservée aux femmes et appelée Ombudi chez les Mitsogho). Cette société, qui joue un grand rôle dans le diagnostic médical, est caractérisée par la vision, sous l’influence de l’iboga, de génies, qui au cours de séances divinatoires publiques révéleront la nature de l’affliction dont souffre le patient venu consulter.
Dans l’Ombwiri, nous pouvons noter quelque similitude avec le Vaudou des Caraïbes et d’Amérique du Sud.
Chez les Mitsogho, la vision normative est celle de toute la tribu et correspond chez les initiés à la connaissance enregistrée oralement depuis leur enfance à l’intérieur de la tribu.
Chez les Fang, nous observons de nombreuses différences à cause des changements et des transpositions qui peuvent avoir pris place dans l’expérience initiatrice, sous l’influence du christianisme, de la compétition entre les mouvements prophétiques et messianiques plus ou moins orthodoxes et de la perte de la notion tribale.
Quelques blancs, la plupart des Français, ont volontairement fait l’expérience de la manducation de l’iboga. Un petit nombre d’entre eux ont pu être interviewés. Une étude de l’interprétation de ces interviews progresse actuellement (O. Gollnhofer et R. Sillans).
 
 

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